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Gérer ses finances
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Négocier son salaire : guide complet

La négociation salariale est inconfortable. Mais c'est aussi l'un des actes les plus rentables de votre carrière. Une négociation réussie de 5 000€ aujourd'hui peut représenter 150 000€ sur l'ensemble de votre carrière (effet cumulé + augmentations futures). Ce guide vous donne les techniques, les scripts et la confiance pour négocier efficacement.

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Préparer sa négociation

Une négociation se gagne avant même de commencer. La préparation est tout.

Connaître sa valeur marché :

Collectez des données sur : • Études de rémunération (Hays, Robert Half, Michael Page) • Glassdoor, LinkedIn Salary • Échanges avec des pairs du même niveau • Offres d'emploi similaires avec salaire affiché

Définir ses objectifs :

| Élément | Votre chiffre | |---------|---------------| | Salaire minimum acceptable | ...€ | | Salaire cible (réaliste) | ...€ | | Salaire idéal (stretch) | ...€ |

Règle : Ne communiquez jamais votre minimum. Commencez par l'idéal ou le cible.

Lister vos arguments :

Préparez 3-5 arguments factuels : • Réalisations chiffrées récentes • Compétences rares ou certifications • Responsabilités supplémentaires prises • Benchmark marché • Ancienneté et fidélité (si pertinent)

Anticiper les objections :

| Objection probable | Votre réponse | |-------------------|---------------| | "C'est au-dessus du budget" | ... | | "Revenons-y dans 6 mois" | ... | | "Les autres sont au même niveau" | ... | | "Le contexte est difficile" | ... |

Conseil : Écrivez vos arguments et répétez-les à voix haute. La fluidité vient avec la pratique.
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Choisir le bon moment

Le timing peut faire la différence entre un oui et un non.

Meilleurs moments pour négocier :

En entretien d'embauche : • Après avoir reçu une offre (pas avant) • Quand ils ont confirmé vouloir vous recruter • Avant de signer quoi que ce soit

En poste (augmentation) : • Entretien annuel (moment attendu) • Après une réussite majeure (projet livré, deal signé) • Lors d'une prise de responsabilités supplémentaires • Quand vous avez une offre externe (avec précaution)

Moments à éviter :

Période de licenciements ou restructuration Juste après une erreur ou un échec Quand votre manager est sous pression Le lundi matin ou vendredi soir Par email ou messagerie (préférez le face-à-face)

Créer l'opportunité :

Si aucun moment naturel ne se présente :

"J'aimerais qu'on prenne un moment pour discuter de mon évolution et de ma rémunération. Quand serais-tu disponible cette semaine ?"

Conseil : Demandez un rendez-vous dédié. Ne négociez jamais "entre deux portes".
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Les techniques de négociation

La négociation est un art. Voici les techniques les plus efficaces.

Technique 1 : L'ancrage

Celui qui donne le premier chiffre "ancre" la négociation.

• Si vous êtes confiant sur votre valeur : donnez votre chiffre en premier (haut mais justifiable) • Si vous êtes incertain : laissez-les commencer, puis négociez à la hausse

Technique 2 : La fourchette haute

Ne donnez jamais un chiffre unique. Donnez une fourchette.

"Je veux 55 000€" "Je me situe entre 55 000€ et 62 000€"

L'interlocuteur se focalisera sur le bas de la fourchette, qui est déjà votre cible.

Technique 3 : Le silence

Après avoir énoncé votre demande, taisez-vous.

Le silence est inconfortable. La plupart des gens le remplissent en faisant des concessions. Ne soyez pas cette personne.

Technique 4 : Le package global

Si le salaire est bloqué, négociez les autres éléments : • Bonus / variable • Télétravail • Jours de congés supplémentaires • Formation / budget développement • Titre / évolution de poste • Actions / equity • Voiture de fonction

Technique 5 : Le conditionnel

"Si vous ne pouvez pas aller à 60K€ maintenant, quelles conditions devrais-je remplir pour y arriver dans 6 mois ?"

Cela ouvre la porte à un accord futur et montre votre flexibilité.
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Scripts de négociation

Des phrases prêtes à l'emploi pour chaque situation.

Demander une augmentation (en poste) :

"[Prénom], j'aimerais discuter de ma rémunération. Cette année, j'ai [réalisation 1] et [réalisation 2], ce qui a permis [impact chiffré].

Compte tenu de ces contributions et du marché actuel pour mon profil, je souhaiterais une revalorisation de mon salaire à [montant cible].

Qu'en penses-tu ?"

Répondre à une offre d'embauche :

"Merci pour cette offre, je suis très enthousiaste à l'idée de rejoindre [entreprise].

Le poste correspond exactement à ce que je recherche. Concernant la rémunération proposée de [X]€, compte tenu de mon expérience en [domaine] et des réalisations que j'ai pu vous présenter, je m'attendais à une fourchette entre [Y]€ et [Z]€.

Y a-t-il une marge de discussion ?"

Si on vous demande vos prétentions trop tôt :

"Je préfère d'abord bien comprendre le poste et vos attentes avant de parler chiffres. Quelle est la fourchette prévue pour ce poste ?"

Si on refuse :

"Je comprends les contraintes actuelles. Que faudrait-il pour qu'on puisse revoir ce sujet dans 6 mois ? Peut-on définir des objectifs clairs et s'engager sur une révision à cette date ?"

Si on propose moins que votre minimum :

"J'apprécie l'offre, mais honnêtement, ce niveau ne correspond pas à ma valeur marché actuelle. Pour que je puisse m'engager sereinement, j'aurais besoin d'être à minimum [X]€. Est-ce envisageable ?"
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Gérer les objections

Les objections ne sont pas des refus. Ce sont des invitations à argumenter.

"C'est au-dessus de notre grille/budget"

Réponse : "Je comprends les contraintes de grille. Cependant, mon profil et mes réalisations sont au-dessus de la moyenne. Peut-on envisager une exception compte tenu de [argument spécifique] ? Ou alors, quels autres éléments du package pourrions-nous ajuster ?"

"Les autres au même niveau gagnent moins"

Réponse : "Je ne connais pas la situation des autres, mais je peux parler de la mienne : [rappel des réalisations]. Je pense que ma contribution justifie ce niveau. Qu'en pensez-vous objectivement ?"

"Le contexte économique est difficile"

Réponse : "Je comprends le contexte. Justement, dans cette période, j'ai contribué à [résultat positif malgré le contexte]. Peut-on trouver un compromis, même partiel, qui reconnaisse cette contribution ?"

"On en reparle dans 6 mois"

Réponse : "D'accord pour un point dans 6 mois. Mais pour que je puisse me projeter, pouvons-nous définir maintenant les critères objectifs qui permettront cette augmentation ? Et pouvons-nous formaliser cet engagement ?"

"Vous êtes déjà bien payé"

Réponse : "Je ne compare pas à ma situation passée, mais à ma valeur actuelle sur le marché. Avec mes nouvelles compétences en [X] et mes réalisations récentes, le benchmark marché se situe à [fourchette]. C'est sur cette base que je fonde ma demande."

Règle d'or : Ne jamais s'énerver, ne jamais menacer, rester professionnel et factuel.
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Après la négociation

La négociation ne s'arrête pas au "oui" ou au "non".

Si c'est oui :

• Demandez une confirmation écrite (email ou avenant) • Remerciez sincèrement • Ne revenez pas à la charge immédiatement après • Tenez vos engagements si des objectifs ont été fixés

Si c'est "oui mais plus tard" :

• Faites confirmer la date de révision par écrit • Définissez des critères objectifs mesurables • Mettez un rappel dans votre agenda • Documentez vos réalisations d'ici là

Si c'est non :

• Restez professionnel (ne claquezpas la porte) • Demandez ce qu'il faudrait pour un oui futur • Évaluez vos options (rester, partir) • Si vous restez, fixez-vous une deadline interne

Faut-il bluffer avec une offre externe ?

C'est risqué mais parfois efficace.

À faire si : • L'offre est réelle (ne mentez jamais) • Vous êtes prêt à partir si refus • Vous avez une bonne relation avec votre manager

À éviter si : • L'offre est fictive • Vous n'êtes pas prêt à partir • La culture d'entreprise est hostile à ce genre de tactique

Conseil : Même refusée, une demande de négociation bien menée renforce votre image de professionnel qui connaît sa valeur.
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Cas particuliers

Adaptez votre approche selon votre situation.

Premier emploi / Junior :

• Moins de marge de négociation (mais elle existe) • Focalisez-vous sur le package global (formation, télétravail) • Négociez une clause de révision à 6 mois ou 1 an • Acceptez un salaire raisonnable si l'apprentissage est au rendez-vous

Freelance / TJM :

• Ne jamais accepter le premier tarif proposé • Demandez toujours 10-20% de plus que votre cible • Négociez aussi la durée, les conditions de renouvellement • Si le budget est vraiment fixe, réduisez le périmètre

Script : "Mon TJM standard est de [X]€. Pour ce type de mission, je peux descendre à [Y]€ si [condition : durée longue, mission intéressante, etc.]"

Augmentation annuelle :

• Préparez-la 2-3 mois avant l'entretien • Documentez vos réalisations toute l'année • Chiffrez votre impact (revenus, économies, temps gagné) • Proposez un pourcentage ET un montant

Promotion interne :

• La promotion doit s'accompagner d'une revalorisation • Négociez AVANT d'accepter les nouvelles responsabilités • Benchmark : +10-20% pour un changement de niveau significatif • Si pas d'augmentation immédiate, obtenez un engagement écrit

Rattrapage salarial :

• Si vous découvrez être sous-payé vs collègues • Restez factuel, pas émotionnel • Présentez le benchmark marché • Demandez un plan de rattrapage progressif si écart important

Conclusion

Négocier son salaire n'est pas un acte d'égo. C'est une compétence professionnelle essentielle. Les entreprises s'attendent à ce que vous négociiez. Un candidat qui accepte tout sans discuter peut même paraître suspect. La clé : préparation, confiance et respect mutuel. Vous défendez vos intérêts, ils défendent les leurs. C'est le jeu normal des relations professionnelles. Commencez par collecter des données sur votre valeur marché. Le reste suivra naturellement.

#négociation#salaire#augmentation